18 novembre 2015

Sid Pattni

Rédigé par Saine Scène four months ago in Paris
Photographié par Mawrsi


Rares sont ceux qui peuvent se vanter avoir survécu à plusieurs prises d’otages comme si une expérience du genre à elle seule n’était pas assez.

Plus souvent, les tristes récits, comme celui du journaliste Daniel Pearl, mort aux mains de ses ravisseurs, envahissent l’imaginaire collectif qui ensuite nourrit le cercle vicieux de la haine qui justifie à son tour les stupidités de l’homme. Dans notre cas spécifique heureusement que l’histoire finit bien. On a rencontré l’artiste australien Sid Pattni lors de notre passage sur Paris dans le cadre de la tournée Montréal Invazion et il a humblement pris le temps de nous relater quelques événements de son enfance.

sidpattni

En tant que petit garçon qui n’a fait que suivre ses parents dans leur décision, Sid Pattni s’est retrouvé un beau matin bien malgré lui pris en otage par un groupe armé. C’est à coup de manche de fusil en arrière de la tête qu’ils ont forcé son oncle à leur écrire un chèque en échange de leur libération. «They told us to run & don’t look back & if we looked back, they’ll shoot […] so we just ran & one idiot looked back & he got hit in the shoulder […] but yeah Kenya men.» La scène se déroule au Kenya, Sid Pattni, alors encore tout jeune, et sa famille s’étaient relocalisé dans ce pays de la côte est africaine après avoir passé les premières années de sa vie à Londres. Comme c’est le cas pour plusieurs pays en développement, l’écart de richesse entre la population locale et les nouveaux arrivants a fait monter les tensions dans le pays ; résultat : les prises d’otages étaient devenues des activités lucratives. La famille a fini par déménager, troquant ainsi l’insécurité du Kenya pour les plages de la côte ouest australienne.

sidpattni

C’est dans la ville de Perth que le producteur/pianiste entretient sa passion musicale alors qu’il se bâtit une petite notoriété locale. Si les prises d’otages dont il a été victime sont marquées par l’absence de séquelles physiques et psychologiques, une blessure au poignet, qui dans ce contexte peut sembler anodine, a risqué de mettre fin à sa carrière de musicien. Il a le cœur lourd quand il nous en parle, mais heureusement pour lui, la concrétisation de ce scénario ne se produira pas et durant sa réhabilitation il s’éduque au beatmaking. Avec son background musical, le tout lui vient naturellement et son talent le mènera éventuellement à sortir l’une de ses chansons sur Pilerats Records, un joueur majeur sur la scène indépendante australienne. Inspiré par les grands, Miles Davis, Jeff Buckley & J. Dilla entre autres, Sid est remixé par Ta-Ku et participe à plusieurs événements au niveau national. En mars 2014, il collabore avec Meg Mac (300 Entertainment/Atlantic Records) et sort son hit single Go Back Home, pour lequel il reçoit de nombreux éloges du public. À dire vrai, malgré ses succès, Sid semble plutôt garder un goût amer par rapport à l’industrie de la musique, et on insiste sur le mot industrie, donc après un bref survol de son background musique, on a préféré conclure en abordant les choses plus joyeuses de la vie comme parler français, parler de proposition de mariage et parler de ses origines. S’il n’a pas hésité à nous confier son endroit de choix pour se fiancer, on lui suggère fortement le Canada en décembre pour célébrer sa lune de miel.